Entrepreneuse ou entrepreneure : de l’importance du féminin…

L’entrepreneuriat se conjugue de plus en plus au féminin. Mais comment faut-il nommer les femmes ? Entrepreneuse ou entrepreneure ?

Les créatrices d’entreprise hésitent… et sont très partagées sur la manière de se présenter. « Entrepreneuse permet de valoriser l’entrepreneuriat féminin », dit l’une. « Entrepreneure, ça sonne mieux », assure une autre. Alors faut-il dire entrepreneuse ou entrepreneure ? Dans le dictionnaire Larousse, il n’existe qu’un seul de ces deux termes : entrepreneuse. Car selon les règles grammaticales de la langue française, les métiers dont le masculin se termine en « eur » se déclinent en « euse » au féminin. Tandis que les noms qui se terminent en « teur » se féminisent en « trice », sauf pour chanteur qui est l’exception de l’exception.

Bref, entrepreneuse tient la corde si l’on en reste au dictionnaire Larousse. Mais « la question ne se règle pas uniquement dans le dictionnaire, estime Claudie Baudino, politiste et auteure – elle préfère à autrice, mais là aussi il y a débat – du livre « Le Sexe des mots : un chemin vers l’égalité ». C’est un peu la société contre la grammaire dans ces cas-là ! »

Aussi, revenons à « entrepreneure » ! Ce terme nous vient tout droit du Québec, façonné en même temps qu’ingénieure dans les années 1970. Et désormais, nombreuses sont donc les femmes à préférer la forme en « eure », plus discrète à l’oral.

« Entrepreneuse, ça fait un peu entraîneuse »

Laurence Joly a opté pour « entrepreneure ». La fondatrice d’Agilipi, une société de conseil et formation en management de l’innovation, a fait son choix après mûres réflexions. « Quand je me dis entrepreneure, j’ai l’impression qu’on me traite de la même façon que mes homologues masculins. De plus, je me sens concernée quand quelqu’un parle ‘des entrepreneurs’ de manière générale », justifie la quadragénaire.

Entrepreneure sonne effectivement plus proche du masculin et, comme souvent, le féminin d’un mot masculin revêt un double sens pas toujours agréable… « Je trouve qu’entrepreneuse a davantage une connotation sexuelle », assure Carole-Anne Roland, créatrice du réseau Les Toulousaines audacieuses. La jeune femme n’est pas la seule à y penser. « Entrepreneuse est souvent rapproché d’entreprenante qui a effectivement une connotation sexuelle comme coureuse ou entraîneuse », renchérit Chrystel Breysse, titulaire d’un doctorat en sociolinguistique et formatrice dans l’association Egalité des chances.

Entrepreneuse pour faire tomber les préjugés

Entrepreneuse heurte donc certaines oreilles. Mais pour Yannick Chevalier, maître de conférences en grammaire et stylistique française, le double sens peut s’aplanir avec l’usage. « Au XIXe siècle, une étudiante était une jeune fille qui se prostituait auprès des étudiants. Avec l’accès facilité à l’enseignement supérieur pour les femmes dans les années 1890, cette signification a peu à peu disparu. A une nouvelle réalité correspondait un nouveau sens. » De même, une ambassadrice est aujourd’hui la représentante d’un pays et non plus la femme de l’ambassadeur.

Comme le constatent les chercheurs, il s’avère que les premières femmes ayant accédé aux métiers traditionnellement masculins ont eu davantage tendance à conserver les noms de métier masculins : directeur financier, avocat, chercheur… « Les pionnières peuvent se sentir ‘intruses’ et donc privilégier la forme masculine, explique Claudie Baudino. Il est d’autant plus facile de mettre le métier au féminin que la profession elle-même se féminise. »

Entrepreneuse finira-t-il donc par s’imposer ? Et serait-ce avant tout une question de génération ? Si aucune étude quantitative n’établit que les plus jeunes utilisent davantage « entrepreneuse » que leurs aînées, on constate une progression des femmes dans l’entrepreneuriat : quatre créateurs d’entreprise individuelle sur dix sont des femmes ; mais toujours beaucoup moins dans les start-up… « Le jour où 50 % des entrepreneurs seront des femmes, on ne se posera plus la question », prophétise Isabelle Dao, responsable à l’incubateur régional Les Premières Sud.

Source : Les Echos Entrepreneurs

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