L’eurocroissance peut-il sauver le fonds euros ?

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Modernisés par la loi Pacte, les fonds eurocroissance seront bientôt plus simples à comprendre pour les assurés. Mais cela sera-t-il suffisant pour prendre le relais des fonds euros ?

C’est le casse-tête du moment, à la fois pour les assureurs et les épargnants : que faire du fonds euros, dans l’environnement actuel de taux d’intérêts négatifs ? Les déclarations se succèdent pour faire passer le même message : le produit à tout faire, à la fois performant, liquide et garanti, c’est fini. D’accord, mais après ? Un sondage Odoxa réalisé pour le compte de l’Association professionnelle des entreprises de conseil en investissement (APECI) montre que 77% des Français ne sont pas prêts à prendre plus de risques pour autant dans leurs placements. Des trois qualités du fond euros précitées – garantie, liquidité, rendement -, la sécurité est celle qui arrive en première position dans leurs priorités.

Combiner les produits pour assurer protection et performance

Patrick Montagner, premier secrétaire général adjoint de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), a bien une piste. « La division entre ‘soit vous mettez en euros, soit vous mettez en UC’, a vécu », a-t-il déclaré le 24 novembre lors d’une conférence de presse. Il plaide pour « une palette de produits avec du risque dosé ». Comme les fonds eurocroissance, par exemple ?

Generali, qui a tiré le premier en proclamant la fin du « monde du fonds euros roi » et en annonçant une contrainte de 60% d’investissement en unités de compte sur tous les nouveaux versements sur les contrats qu’il distribue directement (la consigne est déjà mise en œuvre), a déclaré vouloir « donner toute sa place à l’eurocroissance » dans une démarche consistant à « conjuguer différentes options de gestion financière, et développer de nouveaux types de supports capables d’assurer protection et performance en s’adaptant à la réalité des conditions de marché ». Avec son capital garanti à terme (entre 8 et 30 ans) de 80% à 100%, il s’agit d’une alternative au fonds euros standard. Le fonds eurocroissance de Generali a été lancé en janvier 2015. A fin septembre, il affichait une performance annualisée de 5% depuis sa création.

Une alternative qui souffre aussi des taux bas

« Il se situe à mi-chemin entre le fonds en euros et les unités de compte dans le sens où il permet de desserrer les contraintes de garantie en capital à tout instant au bénéfice d’une gestion d’actifs plus dynamique et flexible », nous explique Hugues Aubry, membre du comité exécutif de Generali, en charge de l’épargne et de la gestion de patrimoine.

Cependant, le fait de devoir maintenir une garantie du capital minimum de 80%, dans l’environnement de taux bas, ne laisse pas beaucoup de marge de manœuvre pour la poche de diversification. C’est d’ailleurs l’une des explications, selon nombre d’analystes, du manque d’attractivité des fonds eurocroissance : ils ont été créés par le gouvernement au mauvais moment, ce produit étant beaucoup plus efficace avec des taux supérieurs.

Fin 2017, les fonds eurocroissance totalisaient un encours de 2,2 Md€ selon les chiffres officiels. La loi Pacte a prévu de les simplifier afin de les rendre plus attractifs. « Depuis sa création en 2014, le fonds eurocroissance n’avait pas trouvé son public en raison d’une complexité excessive dans son fonctionnement et d’une faible lisibilité de son rendement, a déclaré le ministre de l’Economie Bruno Le Maire dans un discours à la Conférence internationale de la FFA le 25 octobre. Le nouvel eurocroissance prévu par la loi Pacte sera plus simple, flexible, plus lisible pour les assurés. Contrairement à l’eurocroissance actuel, les assurés pourront connaître à tout moment le rendement du fonds eurocroissance. »

Le « nouvel eurocroissance » entrera en piste fin 2019 – début 2020

Concrètement, le taux de rendement sera unifié pour tous les épargnants (comme l’est le fonds en euros classique), alors qu’aujourd’hui le rendement annualisé global du fonds ne correspond par au rendement individuel réel (qui dépend du niveau de garantie, de la durée d’engagement et dela date de souscription) ; ce taux pourra être bonifié en fonction de la durée d’engagement (durée pendant laquelle l’épargne est bloquée). En fait, le nouvel eurocroissance fonctionnera un peu comme une UC structurée, dont on connaîtra la valeur de part à tout moment, et dont le capital garanti à échéance sera exprimé en euros.

Un décret (dont le projet a reçu l’approbation du Comité consultatif de la législation et de la réglementation financières le 17 octobre) et un arrêté sont attendus prochainement pour éclaircir les zones d’ombre qui entourent encore le nouvel eurocroissance. Dans l’entourage du ministre de l’Economie et à la direction du Trésor, on évoque la fin novembre, pour un lancement des nouveaux produits d’ici la fin de l’année.

Cela sera-t-il suffisant pour que le fonds eurocroissance vienne au secours du fonds euros, alors qu’il pâtit des mêmes maux que ce dernier ?

Un moyen de baisser les contraintes de solvabilité

Pour Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil Facts & Figures, l’eurocroissance est plus un moyen de « baisser considérablement les exigences de solvabilité pour les assureurs dans un contexte de taux bas, qu’une alternative pour les épargnants »« La raison fondamentale de la panique actuelle, c’est que les gestionnaires de fonds euros ne savent plus où investir : les actions, aux cours actuels, sont surcotées par rapport au risque de récession ; les obligations ne sont pas rentables ; l’immobilier est un marché étroit et proche de la bulle. Les compagnies ne savent plus quoi faire des dépôts sur les fonds euros. C’est pourquoi on observe aujourd’hui que la poche monétaire des fonds euros est très importante », explique-t-il à l’Argus. Sa conclusion : « Pour les fonds eurocroissance, le constat est le même ! Les marchés ne leur offrent pas plus de perspectives qu’aux fonds euros. »

La modernisation de l’eurocroissance ne convainc pas non plus Cyrille Chartier-Kastler. « Même plus simple, il restera compliqué. Pour un client lambda qui n’y comprend pas grand-chose, entre un placement moins rémunérateur et plus simple à comprendre et l’inverse, le consommateur choira le premier », estime-t-il. La récente collecte du livret A en septembre, à 1 Md€, a tendance à lui donner raison. A moins que l’épargnant n’ait plus d’autre choix.

Source : Face au risque

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