Pénurie de médecins : 8 généralistes sur 10 déclarent avoir des difficultés pour répondre aux sollicitations des patients

médecin spécialiste

Après 8 mois de grève et une manifestation nationale de l’hôpital public, la crise des hôpitaux devait être réglée par la mise en place du « plan d’urgence » du Gouvernement, présenté jeudi 14 novembre. « C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps » pour le millier de chefs de service qui ont démissionné collectivement de leurs fonctions administratives, mardi 14 janvier 2020. Si l’hôpital se porte mal, la crise du monde médical est étendue.

Pénurie de médecins traitants, allongement des durées de prise de rendez-vous, difficultés à trouver un spécialiste, etc. Côté libéral, le nombre insuffisant de praticiens se fait sentir aussi. Récemment la DREES a mis en ligne les résultats de ses études qui portent sur l’offre de soins en médecine libérale.

77 % des médecins généralistes ont des difficultés à orienter leurs patients vers un spécialistes

Un fort recul des effectifs des médecins libéraux est à prévoir jusqu’en 2027, selon les projections de la DREES : – 24 % par rapport à 2012. Il serait particulièrement marqué chez les médecins généralistes (-30 %). Combinée à la croissance et au vieillissement de la population française, ces baisses se traduiraient par un affaiblissement de la densité médicale libérale à l’échelle nationale. En réponse à la raréfaction de la ressource médicale, les médecins généralistes organisent déjà leur pratique des soins.

70 % des médecins généralistes estiment que l’offre de médecine générale dans leur zone d’exercice est insuffisante, « le constat d’une insuffisance est partagé dans toutes les zones, y compris dans celles où l’acces­sibilité est la plus forte ».

80 % des médecins généralistes déclarent avoir des difficultés pour répondre aux sollicitations des patients. Ces difficultés sont plus marquées en zone sous-dense (84 %). En conséquence, 72 % d’entre eux adaptent leurs pratiques en allongeant leur journée de travail ou écourtant le temps passé à la formation professionnelle. Ces situations ont des conséquences directes sur les patients :

  • 54 % des médecins généralistes affirment devoir augmenter les délais de prise de rendez-vous
  • 53 % refusent de nouveaux patients en tant que médecin traitant
  • 40 % limitent le suivi de certains patients
  • 28 % écourtent la durée des rendez-vous

Ils sont également confrontés à des difficultés pour trouver des confrères spécialistes en mesure de prendre en charge leurs patients pour 77 % des médecins interrogés. Ces problèmes accessibilité sont la plupart du temps lié à la distance, au coût des consultations, mais surtout aux délais d’obtention de rendez-vous dans un temps raisonnable. Les spécialités les plus touchées sont l’ophtalmologie, la dermatologie et la psychiatrie.

En réponse à la raréfaction de l’offre médicale sur le territoire, 29 % des médecins généralistes déclarent se « spécialiser » dans certains domaines de la médecine, notamment en gynécologie, en pédiatrie et en gériatrie.

80 % des médecins généralistes s’organisent pour prendre en charge des soins non-programmés

En cas de problème de santé imprévu, il est rare que votre médecin puisse vous prendre en charge le jour même ou le lendemain ? Selon, le Panel d’observation des pratiques et conditions d’exercice en médecine générale, ces demandes ont représenté 30 % de l’activité d’une semaine ordinaires pour 4 médecins généralistes sur 10, en 2019. Concernant ces consultations « imprévues », seuls « 28 % des médecins généralistes sont en mesure de toutes les accepter ».

La quasi-totalité des médecins généralistes déclarent avoir une organisation permettant de répondre aux demandes non-programmées et 8 médecins généralistes sur 10 organisent leur activité afin de prendre en charge aux demandes de consultations sans rendez-vous :

  • 10 % ont une activité exclusivement sans rendez-vous
  • 35 % proposent des plages de consultations sans rendez-vous durant une partie de leur semaine
  • 33 % ne proposent pas de plages de consultations sans rendez-vous mais ont pris des dispositions pour répondre aux demandes non-programmées une partie du temps
  • 17 % organisent toute leur activité de manière à répondre aux demandes non-programmées

À l’échelle du cabinet médical, au moins la moitié des généralistes prennent des dispositions pour répondre à ces demandes. Lorsque la prise en charge est impossible, 53 % réo­rientent les patients vers un confrère libé­ral (incluant ceux exerçant dans la même structure), une structure d’exercice coor­donné (37 %) ou une structure libérale spécialisée dans le soin non programmé (16 %). Plus d’un quart des médecins généralistes (27 %) les réoriente vers les urgences ou le Samu.

Plus il y a des médecins, moins il y a de dépassements d’honoraires

En France, un ensemble de textes régit les liens entre les médecins libéraux et l’Assurance maladie. Il définit les tarifs de référence qui servent de base aux remboursements des frais de santé. Les médecins qui ont choisi de signer cette convention médicale, sont dits « médecins conventionnés ». Ils peuvent être médecin de secteurs 1 ou 2, mais ils s’alignent sur le tarif de base de la Sécurité sociale. Les médecins de secteur 2 sont autorisés à facturer avec « tact et mesure » des dépassements d’honoraires sur les tarifs de convention.

Par opposition, les médecins qui n’ont pas signé la convention médicale sont dits « non-conventionnés », on parle de médecins du secteur 3.

L’étude de la DREES révèle qu’en secteur 2, des mécanismes de concurrence sont systématiquement mis en évidence : « En cas de hausse de la densité médicale locale, le volume de soins fournis par un spécialiste de secteur 2 augmente, alors que le prix pratiqué diminue. » Cela lui permet de maintenir le niveau de ses honoraires. Face à l’arrivée de nouveaux concurrents, les médecins conventionnés de secteur 2 augmente le nombre d’actes techniques pratiqués pour compenser la baisse du nombre des consultations.

Par ailleurs, si en secteur 1, « l’activité des médecins ne dépend pas du niveau de vie de la population locale » ce dernier a un fort impact sur l’offre de soins et les tarifs fixés des spécialistes de secteur 2.

Source : Previssima

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