Flying Robots : l’aéronef cargo qui redéfinit la logistique lourde

L'équipe de Flying robots

La startup strasbourgeoise Flying Robots développe un drone cargo à voile souple capable de transporter 300 kg sur 300 km pour un coût d’exploitation quatre fois inférieur à celui d’un avion léger. Derrière cet appareil sans équivalent mondial, une équipe de quatre professionnels de l’aéronautique, deux décennies de recherche empirique accumulées dans la durée, et une levée de fonds en cours pour franchir le pas de la commercialisation.

L’intuition qui précède le marché

Pendant des années, Michel Lallement organise des spectacles de paramoteur aux quatre coins du monde. Des milliers de vols de nuit dans des stades combles, des esplanades avec des centaines de milliers de personnes, des feux d’artifice embarqués en vol. Zéro accident. Cette exigence absolue de sécurité tient à un épisode personnel : un accident de vol qui l’a immobilisé trois ans en fauteuil roulant. Sa règle depuis : son équipe ne vivra pas ce qu’il a traversé.

C’est à Taïf, en Arabie Saoudite, lors d’une fête royale où l’on exige des feux d’artifice portés en vol de nuit, qu’il imagine pour la première fois un engin sans pilote. Ses années en Afrique aux côtés de médecins travaillant en zones enclavées lui donnent le cas d’usage : acheminer médicaments et matériel là où la route est impraticable. En 2005, un premier prototype vole au Bourget, juste après l’A380. C’est le premier UAV à voilure souple de l’histoire. Les Forces Spéciales françaises en acquièrent un. Des industriels chinois également : lors d’une démonstration à Pékin devant la direction d’AVIC, un incident de décollage fait perdre la face à toute la délégation. Le directeur général, à la tête d’une entreprise de plusieurs centaines de milliers de salariés, se retourne vers Lallement et lui dit : « Revenez quand vous aurez le décollage automatique. »

Ce sera fait, mais, le chemin industriel est trop long et trop coûteux pour l’époque. Flying Robots suspend son activité commerciale. La recherche continue néanmoins, en petit comité, centrée sur les verrous techniques les plus résistants.

Comme l’explique Michel Lallement : « Quand on innove, on se doit de respecter le timing du marché. Quand on est en avance, on cale. Sacré apprentissage. »

Flying Robots développe un drone cargo à voile souple unique au monde : 300 kg sur 300 km, quatre fois moins cher qu'un avion léger.

Ce que personne d’autre ne sait faire

Il y a trois ans, Bertrand Vilmer entre dans l’aventure. Ancien pilote d’essai et de chasse dans l’Armée de l’Air, commandant de base aérienne, conseiller auprès du ministère de la Défense et entrepreneur à la tête d’ICARE Group, il cherche à investir dans l’aéronautique décarbonée. Le drone pendulaire lui offre ce qu’aucune autre technologie ne propose : une capacité à lever des charges importantes avec une dépense énergétique minimale. Il prend la direction de Flying Robots et engage plus d’un million d’euros dans le projet.

Trois cofondateurs le rejoignent. Loïc Binard, ingénieur aéronautique diplômé de l’ESTACA et expérimenté en réglementation et gestion de projets complexes à l’international, prend la direction générale. Jean-Pierre Groff, diplômé de l’École Centrale Marseille et spécialiste des systèmes d’opérateurs en environnements multinationaux, assure le développement commercial. Michel Lallement, qui se définit aujourd’hui comme transmetteur, gère les partenariats techniques et institutionnels. « Mon rôle est de transmettre mes contacts, mes idées, mes connaissances. L’avenir appartient à l’équipe« , résume-t-il.

Cette équipe hérite d’un capital que vingt ans de recherche empirique ont constitué et que l’argent seul ne peut pas reconstituer. Une voile souple ne se modélise pas en CAO : la simulation numérique n’existe pas pour ce type d’architecture, y compris à la NASA. Les 2 000 heures de vol 100 % automatique du démonstrateur V1 représentent une base d’apprentissage construite uniquement par essais successifs, dont aucun concurrent ne dispose.

Une rupture technologique que l’argent seul ne peut pas acheter

C’est ce capital empirique qui a permis de résoudre le problème du décollage automatique, longtemps considéré comme insoluble : l’introduction d’une centrale inertielle dans la voile stabilise le comportement de l’aile sans intervention humaine, sur terrain non préparé. La version commerciale en cours de développement pousse l’architecture plus loin. Le moteur passe en configuration tractive à l’avant, une disposition qui n’existait pas dans le paramoteur et améliore substantiellement l’aérodynamisme. La nacelle devient orientable, une première dans le monde aérien.

Le nouvel autopilote, développé avec ALIEN, le laboratoire de l’École Polytechnique spécialisé en loi de commande sans modèle et récompensé par l’American Institute of Aeronautics and Astronautics, assure un vol autonome même dans certaines conditions météorologiques rédhibitoires sous voilure flexible classique. La furtivité de la voile et de la nacelle est travaillée avec le Laboratoire de Physique et Mécanique Textiles (LPMT) et Blackleaf d’Alsace. Thales développe l’avionique. Plusieurs Stés européennes souhaitent accompagner la conception industrielle et certaines pourraient se positionner comme futur client.

Le résultat : un coût d’exploitation de 300 euros de l’heure contre 1 000 à 3 000 euros pour les aéronefs conventionnels, et des émissions de 25 kg de CO₂ par heure de vol avec 300 kg de charge utile à bord, incomparable dans le transport aérien !

Un marché qui a rattrapé l’innovation

À Eurosatory, Flying Robots n’était présent que via quelques flyers sur le stand du Grand Est. Le retour de l’Equipe est sans précédent : « Nous n’avons jamais eu un tel ressenti après Salon. » La guerre en Ukraine a reconfiguré les besoins des armées. Les régiments cherchent des drones logistiques furtifs, capables de voler en atmosphère brouillée, déployables rapidement avec deux opérateurs, transportant munitions, vivres et pièces détachées sur terrains non préparés, dans une gamme low cost. En juillet 2026, un examen avec la STAT (Section Technique de l’Armée de Terre) s’est déroulé dans des conditions favorables. Si la dynamique se confirme, un dossier Rapid de l’AID/DGA pour plus d’un million d’euros de subvention pourrait être instruit. Un partenariat avec un industriel européen, est en cours de structuration.

Côté civil, le World Food Programme et plusieurs logisticiens ont confirmé que les destinations complexes seront progressivement confiées à des drones. Daher Logistique, Sentinel Group et Aviation Sans Frontières , la Poste ont signé des lettres d’intention.

L’investissement du Pdt du Groupe Icare, 400 000€ de la Région Aquitaine et 400 000€ de privés et 550 000 euros déjà acquis auprès de la Région Grand Est et de BPI France ont permis de faire voler un Proof of Concept l’été dernier.

Flying Robots boucle actuellement une levée de 2,5 millions d’euros Ces fonds financeront la validation du pilote automatique en vol autonome et les premières démonstrations officielles pour les armées françaises. La gamme se déploie en trois étapes : le FR400 (200kgs et 100km) en catégorie ULM pour faciliter la certification, puis le FR600 (300 kg et 300 km) et le FR2000 (1 000 kg et 800 km), avec les premiers prototypes et préséries attendus d’ici fin 2027, début 2028.

Flying Robots développe un drone cargo à voile souple unique au monde : 300 kg sur 300 km, quatre fois moins cher qu'un avion léger.

Flying Robots illustre une trajectoire entrepreneuriale que les Assurances Castérot Thal accompagne régulièrement : celle des projets dont la solidité tient à la profondeur des acquis techniques et humains préservés dans la durée, davantage qu’à la linéarité du chemin parcouru.

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