Nathalie Roos :
quand la peur d’échouer devient une force

« J’étais toujours convaincue que je n’’allais pas réussir. » Cette confession surprenante vient de Nathalie Roos, ex-CEO de Lipton Teas, ex-DG Mars Europe, ex-DG L’Oréal Allemagne, ex-Présidente Division Produits Professionnels L’Oréal. Tout au long de sa carrière exceptionnelle, elle a vécu avec le syndrome de l’imposteur. Son secret pour transformer cette vulnérabilité en atout ? La préparation méticuleuse et un réseau solide. Une masterclass en gestion du risque humain dont tout entrepreneur et dirigeant peut s’inspirer.
Le syndrome de l’imposteur : un risque invisible au sommet de la hiérarchie
Dans le monde de l’entreprise, on parle souvent de gestion des risques financiers, opérationnels ou stratégiques. Mais qu’en est-il du risque le plus insidieux, celui qui paralyse les meilleurs talents avant même qu’ils n’aient commencé ? Le syndrome de l’imposteur touche 70 % des professionnels à un moment de leur carrière, et contrairement aux idées reçues, il frappe particulièrement fort au sommet.
Nathalie Roos, dirigeante alsacienne native de Haguenau, incarne cette réalité méconnue. À chaque étape de sa carrière, direction générale de Mars France, puis de Mars Europe, direction générale de L’Oréal Allemagne, Présidente Division Produits Professionnels L’Oréal et CEO Lipton Teas and Infusions, elle a vécu avec une certitude : « Je n’allais pas réussir. »
Quand le doute commence dès l’adolescence
Cette peur d’échouer n’est pas apparue avec les responsabilités professionnelles. À 14 ans déjà, Nathalie pleurait pendant un mois avant de passer son certificat d’études, alors qu’elle était parmi les premières de sa classe. Son père l’avait inscrite à cet examen pour l’aider à apprivoiser ses peurs avant le baccalauréat.
« La première fois que j’ai pris un job de direction générale chez Mars chocolat France, je rentrais le soir en disant à mon mari que je n’allais jamais y arriver. »
La préparation intensive : transformer l’anxiété en action
Face au syndrome de l’imposteur, Nathalie Roos n’a jamais cherché à décréter de l’audace ou à ignorer ses peurs. Sa méthode repose sur un principe simple et efficace : le travail acharné et la préparation méticuleuse. « Ce qui m’a permis de surpasser ce stress à chaque fois, c’est de me préparer. Comme on dit dans les ventes, la préparation prime l’action. »
Se préparer pour créer la connexion
Quand elle prend la direction de l’Allemagne pour L’Oréal, Nathalie ne parle pas allemand. Plutôt que de se présenter en anglais, elle apprend par cœur un discours de trois minutes en allemand, qu’elle prononce devant toute son équipe dès son arrivée. Le message est clair : elle est française, alsacienne plus précisément, et elle est là pour eux. Cette préparation intense lui permet non seulement de gérer son stress, mais surtout de créer immédiatement la connexion avec ses collaborateurs.
Un modèle de gestion du risque applicable en entreprise
Cette approche dépasse la simple stratégie personnelle. C’est un véritable modèle de gestion du risque transposable à toute organisation. Les meilleurs dirigeants ne sont pas ceux qui n’ont jamais peur, mais ceux qui savent anticiper, structurer et se préparer pour réduire l’impact de l’incertitude. Exactement comme une entreprise met en place des plans de continuité d’activité, réalise des audits réguliers ou souscrit des protections adaptées pour sécuriser son développement.
S’entourer d’un réseau solide : ne jamais affronter le risque seul
La préparation ne suffit pas. Nathalie Roos insiste sur un deuxième pilier fondamental : l’entourage. « Ma grande chance, toute ma vie, c’est d’avoir été vraiment entourée de personnes précieuses », confie-t-elle. Son mari depuis 35 ans, ses enfants qui la boostent et l’encouragent à rester elle-même, ses amies proches qui l’écoutent sans jugement.
Cultiver ses amitiés par l’ouverture
Tous les samedis après-midi, Nathalie participe à un Stammtisch, cette table d’habitués typiquement alsacienne, avec des amies qui ne travaillent pas dans le business. « De nombreuses fois, elles m’ont entendue faire part de mes doutes, elles m’ont écoutée et elles m’ont toujours encouragées. En parlant, on réfléchit tout haut et on avance. »
Les amitiés se travaillent et se cultivent par l’ouverture et la transparence. Il faut oser exprimer ses peurs, ses doutes, et savoir écouter en retour. Contrairement aux apparences, ce n’est pas un aveu de faiblesse mais un levier de force.
Le piège des réseaux sociaux
Avec les réseaux sociaux, de nombreux jeunes professionnels se sentent paradoxalement plus seuls qu’avant. LinkedIn et Instagram créent une pression constante : tout le monde affiche ses promotions, ses réussites, ses moments parfaits. « On a l’impression d’être toujours jugé. Non seulement on peut avoir peur d’échouer, mais en plus on peut avoir la peur d’être jugé, et tout ça c’est bloquant. »
Le message de Nathalie est clair : « On n’a pas besoin d’avoir 50 000 amis sur Instagram ou TikTok, mais on a surtout besoin d’avoir quelques proches avec qui on peut vraiment partager en transparence. » La qualité des relations prime toujours sur la quantité.
La transparence : un outil de leadership puissant
Nathalie Roos a développé une approche contre-intuitive du leadership : montrer sa vulnérabilité plutôt que de la cacher. Quand elle prend un nouveau poste de direction, elle n’affiche pas une assurance qu’elle ne ressent pas. Au contraire, elle pratique l’ouverture immédiate.
Désamorcer les tensions dès la prise de poste
Lorsqu’elle devient présidente Europe de Mars, première fois qu’elle dirige des directeurs de pays, elle est extrêmement stressée. Mais elle réalise rapidement que son équipe l’est tout autant. « Mon équipe était tout aussi stressée ! Pour eux, c’est un nouveau chef. Ils ont entendu des trucs : « Il paraît qu’elle est comme ci, comme ça. » Donc finalement, ils ont aussi beaucoup d’angoisse. »
Sa stratégie consiste à partager rapidement ses observations. Après un mois, elle réunit son équipe et expose factuellement ce qu’elle a constaté : ce qui fonctionne, ce qui dysfonctionne, ce qu’elle souhaite mettre en place. Et surtout, elle demande leur avis. « Tout d’un coup, ça dégonfle ces inquiétudes qui sont dans la tête des autres comme elles sont dans la vôtre. Cette transparence est clé pour créer un climat de confiance qui est la base de toute entreprise. »
Rappeler que personne n’est épargné par le doute
Nathalie souligne un point essentiel : « Il ne faut pas croire que les autres n’ont jamais de peur. Si je raconte les miennes, ça va calmer pas mal de gens, parce que quand on me voit arriver dans une pièce, en général les gens ont peur de moi ! » Reconnaître que tout le monde partage ces doutes permet de créer un environnement où chacun peut oser, innover et se dépasser sans craindre le jugement.
Rationaliser le risque : mesurer plutôt que fantasmer
Face à l’hésitation et à la peur, Nathalie Roos applique une méthode pragmatique : la rationalisation du risque. Trop souvent, on a peur de se lancer sans avoir vraiment mesuré ce qu’on risque concrètement.
Elle prend l’exemple d’un entrepreneur qui doit investir 5 000 euros pour démarrer son activité et qui panique à l’idée de ne pas pouvoir rembourser en cas d’échec. Sa méthode consiste à poser des questions concrètes : où peux-tu trouver cette somme ? Quel est le risque réel ? Quelle garantie peux-tu mettre en place ? Sur quelle durée ? Si le projet échoue, existe-t-il un plan B ? Peut-être qu’une des entreprises démarchées pourrait recruter pour réaliser cette idée en interne.
L’exercice consiste à imaginer ce qui pourrait arriver de pire, puis à constater que ce pire scénario est souvent bien moins catastrophique qu’on ne l’imagine. « Essayer d’imaginer ce qui pourrait arriver de pire et se rendre compte que le pire n’est pas si pire que ça. On a du mal à voir son succès, mais par contre, mesurer jusqu’où peut aller ce risque permet de se rendre compte qu’il vaut la peine d’être tenté. »
L’échec comme étape d’apprentissage
Nathalie accompagne régulièrement de jeunes entrepreneurs, dont Nicolas qui a créé Join Next, une entreprise de formation au leadership durable. Après avoir traversé des difficultés, ce dernier lui a confié qu’il comprenait désormais ce que signifiait échouer pour réussir. « Il a cette mentalité de se dire que oui, échouer, ce n’est qu’une façon d’apprendre. C’est pour ça que j’aime autant l’accompagner. »
Dans un monde en transformation constante, la capacité à prendre des risques calculés, à échouer rapidement, à apprendre et à pivoter devient un avantage compétitif majeur. C’est d’ailleurs une différence culturelle notable : aux États-Unis, avoir échoué puis rebondi est valorisé, alors qu’en France l’échec reste stigmatisé.
Un message aux femmes dirigeantes
Nathalie Roos a un message clair pour les femmes qui doutent : « Ne croyez pas que les hommes n’ont pas de peur. Ils sont pareils, sauf qu’ils expriment peut-être moins. » L’important est de rester soi-même et d’exprimer son unicité, sa finesse et sa créativité.
Elle raconte qu’à la tête de la division professionnelle de L’Oréal, certains lui ont suggéré de teindre ses cheveux blancs puisqu’elle représentait la coiffure et la coloration. Ses enfants l’ont rappelée à l’essentiel : rester elle-même, assumer son look, ne rien changer. L’authenticité est un atout, pas une faiblesse.
Les valeurs traditionnellement portées par les femmes, comme l’équilibre de vie et le refus de sacrifier famille et amis à la carrière, sont devenues les valeurs de tous. « Donc pas de complexe en étant une femme. Juste jouer de ses atouts, parce qu’on en a encore plus que les hommes. »
Le parcours de Nathalie Roos révèle une vérité souvent ignorée : les dirigeants les plus performants ne sont pas ceux qui n’ont jamais peur, mais ceux qui ont appris à gérer cette peur. Préparation intensive, réseau de confiance, transparence assumée, ces stratégies transforment l’incertitude en opportunité.
Dans un monde entrepreneurial où le risque est inévitable, être bien entouré devient un facteur clé de réussite. C’est précisément là que réside la philosophie d’Assurances Castérot Thal : vous permettre d’oser en protégeant ce qui compte. Notre métier ? Protéger le vôtre.
Article inspiré du Podcast « #ÉchouerpourRéussir » de Paddock Academy pour lequel les Assurances Castérot Thal sont partenaires
