Malek Boukherchi : échouer n’est pas s’échouer

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Rater n’est pas être un raté. Échouer n’est pas s’échouer. Malek Boukherchi, anthropologue, ultramarathonien et fondateur du projet Les 42, pose une distinction qui paraît simple et qui change tout : ce n’est pas la chute qui définit une trajectoire, c’est ce qu’on en fait. Un témoignage qui parle autant aux dirigeants qu’aux sportifs de l’extrême.

La nuance qui sépare la chute de l’immobilité

Ce que les mots font aux choses

Malek Boukherchi accorde une place particulière aux mots. Avant même de parler de ses exploits sportifs ou de ses projets, il revient donc sur celui d’« échec ». Que désigne-t-il réellement ? Et qu’est-ce qu’il change dans la manière dont on regarde ce qui vient de nous arriver ?

Sa réponse tient en une phrase : « Échouer, ce n’est pas s’échouer. Rater, ça ne veut pas dire être un raté. » Échouer, c’est tomber. S’échouer, c’est ne plus repartir après la tempête, rester là, attendre d’être renfloué ou finir par rouiller sur place. Entre les deux, il n’y a pas seulement une nuance de vocabulaire. Il y a une manière différente de considérer ce qui vient de se passer.

Pour un chef d’entreprise, la distinction prend immédiatement une dimension très concrète. Un sinistre, un exercice dans le rouge, un marché qui se retourne peuvent faire vaciller une activité. Mais la chute, aussi brutale soit-elle, ne dit pas encore ce qui va suivre. Tout dépend alors de la capacité à repartir et des conditions dont l’entreprise dispose pour le faire, sans être contrainte de tout liquider dans l’urgence.

Un jeudi soir à Mulhouse

Un jeudi soir à 20h, trois professeurs viennent frapper à la porte d’un appartement d’un quartier de Mulhouse. Malek a 14 ans. Quelques jours plus tôt, son père a annoncé à la famille sa décision de rentrer en Kabylie avec l’aide au retour proposée en 1986. Pour les enfants, le monde s’effondre. « J’avais tout construit ici. L’école de la République, les amis. Je n’avais aucun rapport avec ce pays. »

M. Newman, Mme Salmon et Mme Labourie ont traversé le quartier pour venir parler à leur père. Ils veulent le convaincre de laisser ses enfants rester en France. Ils lui disent qu’ils sont brillants, qu’un retour en Kabylie risque de leur fermer des portes. Ils vont même jusqu’à proposer d’en adopter chacun un.

Deux semaines plus tard, le père leur annonce sa décision. « Je fais le sacrifice de ma vie, mais c’est à vous de continuer l’histoire. Je reste. »

De cette soirée, Malek Boukherchi a gardé une conviction qui accompagnera tout son parcours : « Servir de tremplin pour permettre à d’autres de grandir. » Parce que les moments où tout bascule ne se traversent pas nécessairement seul. Et parce que ceux qui peuvent changer le cours des choses sont parfois là, juste derrière une porte.

Patience et passion : ce qui empêche de rester à terre

La confiance dans le temps long

Une fois que l’on a compris qu’une chute n’est pas une fin, la question devient concrète : qu’est-ce qui permet de repartir ? Malek Boukherchi nomme deux leviers qu’il appelle les deux P. Le premier est la patience, qu’il définit comme « la confiance dans le temps ».
Dans une époque qui valorise la réactivité immédiate et les retournements spectaculaires, la patience est presque contre-culturelle. C’est pourtant elle qui permet de ne pas décider sous pression ce qui mérite réflexion, de ne pas céder à la panique lorsque les résultats ne suivent pas encore, de maintenir un cap lorsque l’horizon est bouché.
Pour un dirigeant en période difficile, cette capacité à tenir dans le temps long est une ressource aussi concrète qu’un fonds de roulement. Et, comme tout ce qui est précieux, elle se prépare avant la crise, pas au moment où l’on est déjà dans l’urgence.

L’énergie pour tenter ce qui semble impossible

Le deuxième levier est la passion. Malek Boukherchi la définit comme « l’énergie intérieure pour tenter l’inimaginable » : non pas l’enthousiasme des bons jours, mais ce qui continue à fonctionner quand les circonstances s’y opposent.
Il cite Churchill sans détour : « Réussir, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Les dirigeants qui ont traversé une vraie crise savent exactement ce que cette phrase décrit, et Malek Boukherchi l’illustre par une image qui leur parlera : « Un bon joueur de cartes, même avec un jeu pourri, peut gagner la mise. Ça s’appelle la volonté. »

Insuccès, pas échec

Malek Boukherchi propose une dernière substitution de vocabulaire. « Au mot échec, préférez l’insuccès. » La différence n’est pas cosmétique : l’insuccès suppose qu’on a essayé, et il appelle une suite. « S’il y a un insuccès, je retente. » Un sinistre, une perte de marché, une période de recul ne sont plus des fins d’histoire. Ce sont des situations à traverser, avec ce qu’il faut pour ne pas y rester.

Malek Boukherchi a grandi dans un quartier de Mulhouse où on lui avait dit qu’il ne ferait pas grand-chose. Il a couru sur les glaces de l’Antarctique, accompagné des centaines de jeunes vers le dépassement de soi, et construit une philosophie du rebond qui tient en une phrase : échouer n’est pas s’échouer. Le reste, il l’explique mieux que quiconque dans cet épisode.

Ce témoignage est à retrouver dans son intégralité sur le podcast #EchouerPourRéussir de Paddock Academy, dont les Assurances Castérot Thal sont partenaires.