Photovoltaïque et assurance : comprendre les risques d’incendie pour mieux s’en prémunir

Le photovoltaïque représente aujourd’hui 5,8% de l’électricité française. Un chiffre en croissance constante qui masque une réalité inquiétante : les incendies touchent certes seulement 6% des installations photovoltaïques, mais ils représentent 60% des coûts pour les assureurs. Un déséquilibre qui interroge sur la prévention et la gestion de ces risques spécifiques.
Quand le solaire devient un casse-tête assurantiel
Des obligations légales qui multiplient les installations
La loi Climat & Résilience de 2021, renforcée et précisée par la loi APER du 10 mars 2023 et ses décrets d’application, impose l’installation de panneaux photovoltaïques ou de végétalisation sur de nombreux bâtiments. Bureaux, entrepôts, centres commerciaux, hôpitaux, parcs de stationnement… La liste s’allonge selon la surface d’emprise au sol et le statut du bâtiment.
Ces nouvelles obligations transforment le paysage énergétique français. Elles modifient aussi radicalement les enjeux assurantiels.
Un risque qui coûte cher
L’étude AXA 2020-2024, portant sur les installations de 36 kW et plus, livre des chiffres saisissants. Les incendies photovoltaïques restent minoritaires en nombre. Mais leur impact financier explose littéralement les statistiques classiques.
Pourquoi un tel écart ? Les feux sur installations solaires se propagent rapidement. Ils compliquent l’intervention des pompiers. Et ils touchent souvent la toiture, élément structural coûteux à réparer.
Les causes d’incendie : entre défaillances internes et agressions externes
Quand l’électricité s’emballe
Pascal Vanhulle, directeur technique chez Efectis, pointe les surcharges et courts-circuits comme principales causes. Ces dysfonctionnements créent des points chauds. La température grimpe. Le feu démarre.
Les défauts peuvent toucher les modules eux-mêmes, la connectique, le câblage ou l’onduleur. Chaque composant représente un maillon faible potentiel dans la chaîne de production électrique.
Des agressions venues de l’extérieur
La foudre reste un classique des sinistres électriques. Mais d’autres causes surprennent : rongeurs qui grignotent les câbles, chocs mécaniques lors de travaux de toiture, vieillissement prématuré des matériaux exposés aux intempéries.
Ces risques externes échappent largement au contrôle des propriétaires. Ils soulignent l’importance d’une conception robuste et d’un entretien régulier.
L’expertise terrain : anticiper les risques dès la conception
Selon Energy Concept, spécialiste en installations photovoltaïques et partenaire des Assurances Castérot Thal, une part significative des facteurs de risque peut être anticipée et réduite en amont grâce à une approche rigoureuse tant sur le choix des équipements que sur la conception et l’exécution de l’installation.
Le choix du matériel constitue un levier déterminant. Les équipements d’entrée de gamme, souvent proposés à des coûts nettement inférieurs, intègrent généralement des connectiques et composants de moindre qualité. Cette économie initiale se traduit mécaniquement par une augmentation des risques (échauffements, défauts de contact, vieillissement prématuré). À l’inverse, l’utilisation de matériels certifiés et éprouvés permet de réduire significativement les risques assurantiels.
L’intégration d’onduleurs équipés de dispositifs de détection d’arcs électriques (AFCI) est également essentielle. Ces systèmes sont capables d’identifier des chaînes défectueuses liées notamment aux arcs électriques, et d’interrompre le fonctionnement avant qu’un départ de feu ne puisse se produire.
Les connecteurs, en tant que zones de contact électrique critiques et nombreuses au sein d’une installation photovoltaïque, représentent un point de vigilance majeur. Le recours à des connecteurs d’entrée de gamme ou incompatibles entre eux accroît fortement les risques de mauvais contacts et d’échauffement. Le choix de composants de qualité est donc indissociable d’un haut niveau de sécurité.
Enfin, la pérennité et la sécurité de l’installation dépendent tout autant de sa conception que de sa mise en œuvre. Un matériel performant mal installé présente des risques comparables, voire supérieurs, à ceux d’une installation entièrement réalisée avec des équipements bas de gamme. Le respect strict des bonnes pratiques professionnelles et un travail dans les règles de l’art sont donc impératif, notamment :
- Implantation des shelters de puissance (intégrant les onduleurs) à une distance minimale de 10 mètres des bâtiments pour les installations industrielles ou de locaux dédiés.
- Respect des prescriptions fabricants concernant la ventilation et l’aération des onduleurs.
- Utilisation exclusive de connecteurs MC4 de même marque et de même type, assemblés avec des outils certifiés et adaptés (pinces à sertir spécifiques MC4).
- Protection mécanique et UV des cheminements de câbles.
- Aération adéquate des conducteurs pour limiter les phénomènes d’échauffement.
- Mise en place des organes de sécurité aux emplacements appropriés, conformément aux normes et aux règles de l’art.
- La mise en œuvre de fixations et panneaux compatibles entre eux, notamment via les ETN (Etude Technique Nouvelle) ou les AT (Avis Techniques).
- La mise en œuvre de ponts de dilatations entre les champs de modules importants.
Cette approche globale, combinant matériel de qualité, technologies de sécurité avancées et mise en œuvre conforme aux règles professionnelles, constitue un élément clé de réduction des risques techniques et assurantiels.
Technologies de détection : surveiller pour prévenir
Les détecteurs d’arcs électriques en première ligne
Obligatoires aux États-Unis et au Canada depuis 2014, ces dispositifs coupent automatiquement l’alimentation dès qu’ils détectent un arc électrique anormal. Installation au niveau de l’onduleur ou près des modules, leur efficacité dépend entièrement de leur fiabilité.
Le défi ? Éviter les coupures intempestives qui pénalisent la production tout en maintenant une sensibilité suffisante pour détecter les vraies anomalies. Un équilibre délicat qui demande expertise et calibrage précis.
Le monitoring intelligent des données
Surveiller en permanence tensions, intensités et températures permet d’anticiper les problèmes. Ces systèmes analysent les écarts, identifient les dérives avant qu’elles ne deviennent critiques.
Certaines solutions offrent même une supervision à distance. Les techniciens peuvent intervenir rapidement, parfois avant que le propriétaire ne se rende compte du problème. Attention toutefois à la cybersécurité de ces connexions distantes.
Un cadre normatif qui se structure
Le référentiel Apsad D20 fait peau neuve
CNPP Éditions a publié en septembre 2025 une nouvelle version du référentiel Apsad D20, document technique de référence pour les installations photovoltaïques. Cette mise à jour marque une évolution majeure du secteur en intégrant les fermes solaires, l’autoconsommation et les installations avec stockage d’énergie.
L’obligation de créer une fiche d’identité pour chaque installation constitue la principale nouveauté. Propriétaires, exploitants, caractéristiques techniques : toutes les informations essentielles y sont centralisées pour faciliter la maintenance et optimiser les interventions d’urgence.
Cette nouvelle version place l’accessibilité au cœur des préoccupations. Entretien, contrôles, interventions d’urgence : chaque aspect doit être anticipé dès la phase de conception pour garantir une sécurité optimale.
Les leçons du terrain
Le BARPI (Bureau d’analyse des risques et des pollutions industriels) a recensé 138 incendies sur installations photovoltaïques d’ICPE. Ces retours d’expérience font ressortir des bonnes pratiques concrètes.
Implantation réfléchie, signalétique claire, voies d’accès dégagées, dispositifs de coupure d’urgence accessibles… Autant d’éléments qui facilitent l’intervention des secours et limitent l’ampleur des dégâts.
Le défi de l’intervention d’urgence
Pompiers en terrain miné
Les panneaux photovoltaïques compliquent singulièrement l’intervention des pompiers. Le risque électrique persiste même après coupure du réseau : tant qu’il y a de la lumière, les panneaux produisent de l’électricité.
Risques de chute, percement de toiture, propagation rapide du feu… Les équipes de secours doivent adapter leurs procédures et recevoir une formation spécifique.
Préparer l’urgence dès la conception
Cette réalité opérationnelle impose une réflexion en amont sur la conception des installations. Plusieurs éléments apparemment secondaires peuvent faire la différence entre une intervention maîtrisée et un sinistre majeur :
- Signalisation claire des installations photovoltaïques et des risques associés
- Plans d’accès optimisés pour faciliter l’approche des équipes de secours
- Dispositifs de coupure d’urgence stratégiquement positionnés et facilement identifiables
Les professionnels du secteur l’ont intégré : la sécurité incendie se conçoit dès les premières phases de projet, non après coup
Le défi de l’intervention d’urgence
La technologie au service de la sécurité
Le secteur photovoltaïque s’oriente résolument vers la prévention technologique avancée. Plusieurs innovations convergent vers un même objectif : identifier et corriger les anomalies avant qu’elles ne dégénèrent en incident :
- Systèmes de détection sophistiqués pour une surveillance en temps réel
- Maintenance prédictive basée sur l’analyse des performances
- Intelligence artificielle pour l’analyse avancée des données d’exploitation
Cette évolution trouve un écho favorable chez les assureurs, qui intègrent progressivement ces critères technologiques dans leurs grilles tarifaires. Un cercle vertueux s’amorce, encourageant l’adoption de solutions performantes et la prof Save essionnalisation du secteur.
Formation et professionnalisation
Installateurs et mainteneurs montent en compétences. Les certifications se multiplient, garantissant un niveau de qualité minimal des interventions.
Résultat : moins de malfaçons, moins de risques, meilleure perception du photovoltaïque par tous les acteurs de la chaîne.
Le photovoltaïque français grandit vite. Trop vite parfois pour que la culture sécurité suive au même rythme. Les chiffres le prouvent : 60% des coûts sinistres concentrés sur 6% des incidents, c’est le signe d’un secteur qui doit encore progresser.
Technologies de détection, normes renforcées, formation professionnelle : les solutions existent. Reste à les déployer massivement pour accompagner sereinement l’essor du solaire français.
Vous envisagez une installation photovoltaïque ou souhaitez optimiser la couverture de votre installation existante ? Les équipes des Assurances Castérot Thal vous accompagnent dans l’évaluation de vos risques et l’adaptation de vos garanties.
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Sources :
- Face au Risque, « Photovoltaïque et risque incendie, sécurisez vos installations ! », novembre 2025
- Face au Risque, « Sécurité incendie et photovoltaïque : détecter les dysfonctionnements« , novembre 2025
- Face au Risque, « Installation photovoltaïque : sinistralité et causes d’incendie », novembre 2025
- Étude AXA 2020-2024 sur le photovoltaïque en toiture
- Référentiel Apsad D20, CNPP Éditions, septembre 2025
- Loi Climat & Résilience de 2021, loi APER du 10 mars 2023
- Rémi Mammosser, Président Energy Concept group
